Argot français classique
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Expressions françaises décortiquées

L’argot, c’est la langue des ténébreux.
Victor HUGO, Les misérables
Il est inutile de chercher les origines de l’argot, car tous les auteurs qui ont essayé de les découvrir sont en parfait désaccord. D’ailleurs, où commence l’argot, où finit-il ? Chaque jour ce langage se forme, se déforme et se transforme. Ce qu’il faut reconnaître et simplement constater, c’est qu’il est des plus anciens. Il existe depuis la création des associations de filous, de voleurs et de mendiants; ils avaient en effet besoin d’un langage conventionnel pour se comprendre entre eux, sans que le vulgaire non initié pût saisir le véritable sens de leurs conversations.
Charles Virmaître, Dictionnaire d’argot fin-de-siècle, 1894
exemple :
Bonjour (argot)
“Un bon mari doit le bonjour et le bonsoir à sa femme.”
= Sacrifice matinal et nocturne à Vénus, — dans le jargon des bourgeois. —
Sacrifice à Vénus (expression)
Il existe quelques rares formes de sacrifice auxquelles on se soumet bien volontiers, sans aucune appréhension. Et le sacrifice à Vénus en fait incontestablement partie.
Et si, avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous parle de maladies vénériennes (même si, en général, c’est après être entré dans le vif du sujet qu’on les attrape), ce n’est pas pour vous convaincre de sortir couvert, mais simplement pour rappeler que vénérien est un qualificatif qui nous vient par le latin de cette chère Vénus, la déesse de l’amour ; et rappeler également qu’on appelait aussi ce genre de maladie un coup de pied de Vénus. Plutôt très mal placé, le coup de pied !
Si le lien entre Vénus et le fait de faire l’amour paraît clair quand on connait cette attribution de la déesse, on peut se demander en quoi s’adonner au plaisir sexuel est un sacrifice.
En fait, sacrifier nous vient au XIIe siècle du latin sacrificare qui voulait dire « offrir en sacrifice à une divinité », lui-même issu de sacrum facere pour « faire une cérémonie sacrée ».
Mais ce n’est qu’au XVIIe siècle que, parmi ses emplois figurés, le verbe précédant la préposition à prend la signification de « faire la volonté de ». Et là, tout s’éclaire : en effet, sacrifier à Vénus veut alors dire « faire la volonté de Vénus », l’incitatrice à la fornication, peut-être avec une connotation ironique pour le grand sacrifice que cela implique.
Cette expression, qui semble dater du début du XIXe siècle, avec le sens indiqué (puisqu’on faisait autrefois de véritables sacrifices à Vénus), est un peu tombée dans l’oubli, contrairement à ce qu’elle signifie.
Merci Jamy !